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La Haute Côte suédoise
 
-- 16 au 22 juillet 2018  --
 
On change de décor avec cette escapade de l’autre côté de la mer de Botnie, direction la « Höga Kusten », ou haute côte, suédoise. Paysages plus montagneux, offrant des perspectives vallonnées. Tout cela sous une canicule surprenante par cette latitude : 63° 12’83’’N, le record du point le plus nord jamais atteint par Saltimbanque.

Plus de photo de granit toujours-rose-mais-tirant-sur-le-rouge dans notre page "Photos".


219 milles navigués
2077 milles navigués depuis le départ


Nos escales, cliquez sur les noms pour plus de détails :
Bönhamn (marina)Mjältön (mouillage) - Ulvöhamn (marina) - Näske(marina) - Trysunda (mouillage) - Tennviken (mouillage)
 
16-17 juillet : Lootholma – Bönhamn (173M)
Depuis plusieurs jours, une grosse bulle anticyclonique s’est installée sur le golfe de Botnie, nous offrant un temps chaud, ensoleillé et… assez calme… Une légère brise de Nord à Est est annoncée pour les deux prochains jours, qui nous permettra d’aller voir plus au Nord si on y est. Plutôt que de tirer des bords face au courant le long de la côte finlandaise, nous optons pour une traversée en diagonale de la mer de Botnie et un atterrissage en Suède.
Départ de Lootholma dans la pétole du matin, parfait pour parcourir au moteur les 8M du chenal de Kustavi, trop étroit pour y manœuvrer à la voile.

Une fois dans les rochers au nord de l’île, arrêt moteur, on s’attend à devoir tirer des bords afin de rejoindre la mer ouverte. Premier bord, on rase une petite île et on vire juste derrière. Bien concentrées sur le cap et les réglages on passe sur le nouveau bord une première île, puis un caillou, puis un second.

Le vent a le bon goût d’adonner un peu et nous continuons ainsi sans encombre jusqu’au sud de l’île Isokari. Il y a un peu plus de place entre les récifs et on est un peu moins au taquet. Et on passe encore les uns après les autres les cailloux suivants, toujours sur ce même bord miraculeux.

Plus que la réserve de phoques à parer, Bob va bien nous faire ça ! Et sous régulateur d’allures nous passons au vent du dernier danger en n’ayant finalement viré qu’une seule fois ! Classe !

Bientôt le bout du chenal de Kustavi et la sortie de l'archipel de Turku


On ne se lasse pas des nuits sans fin des hautes latitudes...
Nous nous trouvons en mer ouverte et soudain très seules. Les milliers de plaisanciers en vacances ne sortent pas de l’archipel. Nous ne croiserons que 4 cargos et un animal de ferme mort (encore !!) en 36h de navigation.
Et quelle navigation ! Nous sortons des cailloux au près sous GV haute et génois, toujours sur notre bord direct. Et pendant 36h nous ne touchons à rien ! A peine quelques ajustements de régulateur comme la direction du vent varie parfois de quelques degrés. Tout cela sous un chaud soleil nous permettant de vivre en T-shirt-short le jour et sweat-pantalon la nuit.

C'est l'été en Suède !

Arrivée sur la Haute Côte suédoise
La mer un peu clapoteuse au début se range vite et la navigation est absolument idyllique. Si bien que lorsqu’on aperçoit la terre vers 17h le 2e jour, notre réaction est un brin déçue : « Déjà !!... »

Les îles sont hautes, il nous reste toutefois encore 30M avant d’arriver. Dernières heures fabuleuses: nous voyons les montagnes grossir dans le contre-jour d’un crépuscule sans fin…
Arrivée à 1h du matin dans le charmant petit port de Bönhamn. Il y a 3 quais publics, l’amarrage se fait en mouillant son ancre arrière et en mettant le nez sur le quai de bois. Très bonne tenue mais un peu ouvert au Nord.
Arrivée "nocturne" à Bönhamn

18 juillet : Bönhamn – Baggviken / Mjältön (11M)
Après quelques heures de sommeil nous partons découvrir notre nouveau jardin. Bönhamn est une  anse de granit ornée de cabanes de bois rouge : nous sommes définitivement de retour en Suède (étonnant après pourtant 2000 M de nav !). Détail surprenant, il n’est pas possible de payer le port par app ou carte bleue. Seulement en espèces à laisser dans la boîte au bout du ponton. Heureusement pour nous ils acceptent aussi 15€ au lieu des 130 SEK que nous n’avons pas… Les douches fonctionnent apparemment avec des pièces de 10 SEK que nous n’avons pas non plus. Tant pis, la mer est chaude….
Saltimbanque au coeur du petit village de Bönhamn

Homo sapiens s'adaptant aux conditions extrêmes rencontrées à environ 300 km du cercle polaire...
Une fois sorties des maisons de l’anse, nous partons sur le granit le long de la côte, non sans repérer les myrtilles mûres à point que nous reviendrons chercher un peu plus tard… Le bout de la pointe fait office de plage, offrant des mises à l’eau facile depuis des rochers lisses. Nous lui préférons un accès plus difficile mais plus loin des foules, et profitons des conditions extraordinaires de ces derniers jours pour un bain à peine rafraîchissant.
L’après-midi, en route pour l’île suivante : Mjältön et la baie de Baggviken, véritable lagon tout rond au sud-est de l’île. L’entrée est étroite et peu profonde (3m), mais une fois dans la baie on trouve 4 à 6m de fond. Un petit ponton est déjà bien plein de voiliers, d’autres ont préféré mouiller leur ancre arrière et amarrer l’avant aux troncs d’arbres. Nous restons très classiques et mouillons notre ancre avant au milieu de la baie, on est plus tranquille pour prendre notre douche de Saltimbanque. Le « thermo-sondeur » indique 21.6°C dans l’eau pour plus de 30 dans le bateau… Par 63°N, ce sont les tropiques arctiques !
Saltimbanque dans le lagon tout rond
19 juillet : Baggviken – Ulvöhamn – Näske (15M)

Ces champs de cailloux sont des moraines issues des glaciers et bien rangées par la mer quand elle atteignait ce niveau
Il y a bien longtemps, les terres bordant l’actuelle mer de Botnie étaient entièrement recouvertes de glace. Des glaciers de plusieurs kilomètres d’épaisseur qui ont comprimé la terre sous leur poids. La terre s’enfonça d’environ 800m, terrassée par le glacier. A la fin des ères glaciaires toute la glace fondit et disparut, soulageant la terre du poids qui la compressait. Depuis la terre se détend et remonte lentement à son niveau originel. C’est le phénomène d’isostasie, ou de « rebond », plus sensible ici (et en face en Finlande) que n’importe où dans le monde. La terre monte ici chaque année de 8,5mm (85cm par siècle). Le temps d’une vie, un humain verra donc naître de nouvelles îles, et des baies se transformer en lacs… Dans 2500 ans, la terre aura tellement remonté qu’il y aura un nouveau passage terrestre entre la Suède et la Finlande à cet endroit.
L’île de Mjältön se trouve être l’île la plus haute de Suède, culminant à 236 m (amis Norvégiens, ne riez pas…). Bien entendu il a fallu qu’on monte dessus. Mieux encore, puisque l’île est en croissance permanence, chaque randonneur bat successivement le record de l’ascension de l’île la plus haute de Suède! Cela motive pour la grimpette sous une chaleur difficilement supportable même à 10h du matin…  
La tradition veut que chaque randonneur amène une pierre pour alimenter le cairn au sommet. C'est sûr que ça aide la montagne à pousser plus vite...

Vue sur les autres îles de granit
C’est ici aussi le royaume du granit. Le long de cette côte il alterne entre le rose clair, le rouge orangé, le gris sobre et le blanc crémeux. Dans toutes les failles poussent des pins rachitiques ou des touffes de mousse desséchée. Sans connaître les statistiques, on se rend compte que cette chaleur et cette sécheresse ne sont pas normales. La Suède est d’ailleurs en alerte incendies permanente, avec 60 foyers actifs ces jours-ci, tellement débordés qu’ils dépendent des soutiens étrangers pour contenir les feux. Mesure extrême : les barbecues sont interdits.
La promenade matinale nous a mises en appétit et nous nous dirigeons vers Ulvöhamn pour y déjeuner. Ce port fut fondé au 16è siècle par les pêcheurs de Gävle, une ville environ 400 km plus au sud qui possédait alors le privilège de pêche au hareng sur toute la côte de Botnie. Toute la côte a été ainsi peuplée par ces pêcheurs, et Ulvön en particulier a gardé la réputation de capitale du « surströmming » : spécialité de hareng fermenté qui se mange moisi à point, dont le transport aérien est interdit à cause des risques d’explosion des boîtes sous pression. C’est officiellement la nourriture la plus nauséabonde du monde. Mais ce n’est pas la saison pour en goûter « frais », et le vendeur du petit magasin nous déconseille d’en ramener dans un bateau sans frigo (zut alors…)…

A part son poisson et ses glaces (toujours disponibles et délicieuses sur la côte suédoise), nous apprécions aussi la petite chapelle du 16è siècle et ses peintures naïves. A l’époque des pêcheurs de Gävle, il y avait deux messes par été seulement, et le pasteur itinérant qui officiait dans toutes les chapelles de la côte était payé en hareng !

Les très chouettes peintures de la chapelle de Ulvöhamn

Accelération fulgurante de cygnes
Finalement repues, nous reprenons notre route vers le port du soir, 10 M plus loin dans la baie de Näske. La brise de l’après-midi s’essouffle et nous alternons périodes au moteur et tentatives de voile, longeant une réserve d’oiseaux et faisant la course avec des cygnes qui passaient par là.
Le port de Näske est surtout occupé par des bateaux résidents. Les visiteurs peuvent prendre les places libres qu’ils trouvent, de préférence en bout de ponton. Il y a 6.5m de fond, de l’eau, électricité (payante), toilettes sèches… et une boîte dans laquelle déposer les 60 SEK pour la nuit.

Cette fois on a recours à une ruse : le lendemain, en achetant du poisson frais à l’élevage juste à côté, on achètera aussi un peu de liquide au caissier…

Saltimbanque à Näske, on n'a pas été dérangées !

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20 juillet : visite du parc national Skuleskogen

La fameuse crevasse
Notre positionnement à Näske était stratégique : il nous place à quelques kms de l’entrée du parc national Skuleskogen, où se trouve le point culminant de cette côte et pas mal de jolis sentiers. C’est donc parti pour une journée de rando ! Progressant gaiement sur le chemin, malgré les taons qui abondent aux frontières du parc et une température caniculaire, nous couvrirons 28km dans la journée, de forêt en sommet, le long des lacs et dans la crevasse de granit. 
Le paysage est simplement grandiose, les couleurs éclatantes sous le soleil, et le relief si différent de tout ce que nous avons visité depuis le début du voyage. Nous sommes vraiment heureuses d’être venues dans cette partie de la Baltique souvent oubliée par les plaisanciers étrangers. 
Vues splendides depuis le sommet

Ces restes de maison préhistorique sont à 22m d'altitude d'après notre altimètre. A raison de 8,5mm d'élévation par an et en considérant que la maison était au bord de l'eau, datez les ruines !
Ici aussi nous trouvons des traces du « rebond » : les traces de campements préhistoriques, qui abritaient alors les pêcheurs au bord de la mer, sont maintenant jusqu'à 50m d’altitude!
De retour au port nous nous jetons dans l’eau au bout du ponton. C’est l’heure du bain ! En 6 jours en Suède, nous ne verrons pas une seule douche – mais nous nous laverons tous les jours :o)  
Notre baignoire journalière en Suède

21 juillet : Näske – Trysunda - Tennviken (20M)
Encore une journée chaude et avec peu de vent qui s’annonce. Poursuivant notre tour des anciens ports de la côte, nous partons vers Trysunda, alternant voile et moteur, et même un petit bord de spi !

A défaut de se mettre à couple, ils se mettent à la queue leu leu !
Le petit port, converti maintenant en charmant village touristique, est connu. Le ponton visiteurs (ancre arrière, nez au quai) est déjà plein à 13h… Après avoir fait un tour au fond de la baie et constaté qu’il n’y a pas d’eau au niveau du 2è ponton, nous décidons de mouiller devant la plage. 7m sur du sable mêlé de roches. Pas très confortable dans l’ouvert de la baie, mais c’est juste le temps d’une visite… Et nous ne voulons pas suivre l’exemple d’un Bavaria arrivé après et qui s’est carrément attaché à l’arrière d’un autre Bavaria au ponton, avec débarquement dans son cockpit…Intrusif…
Le village est rapidement parcouru et le point de vue dûment admiré. Oui oui, c’est joli ici aussi !

Satisfaites de cette constatation, nous poursuivons notre chemin vers le Nord, toujours alternant voile (un peu) et moteur (principalement) sous le chaud soleil. On se jette même quelques seaux d’eau l’une sur l’autre pour se rafraîchir. 

Le très joli village de Trysunda, avec un Saltimbanque au fond...

On longe de nombreuses îles aux oiseaux dans le coin

Les orages montent et nous voulons nous mettre à l’abri de leurs foudres. En étudiant la cartographie électronique ce matin nous avons identifié l’anse de Tennviken, parfaitement isolée de tous vents avec son entrée très étroite. 
Nous avions repéré sur Google Earth la présence de quelques « hytte », ces résidences secondaires en bois dont les scandinaves sont férus, sur la côte sud de la baie, et espérons que notre présence ne les gênera pas trop. En s’engageant dans l’étroit chenal, des locaux nous saluent d’un « allez les bleus » encourageant. Puis alors que nous vérifions les fonds et choisissons le meilleur endroit pour mouiller, un autre autochtone nous hèle depuis la côte.
« Hey ! Prenez donc mon coffre là, vous serez mieux ! Et restez aussi longtemps que vous voulez. Bonne soirée ! Et bienvenue ! »

Après vérification le coffre est assez costaud pour nous et mieux abrité que là où nous pourrions mouiller. Nous sommes le seul voilier de la petite baie, les orages peuvent bien souffler !

Température de l'eau et position à Tennviken. A la même latitude dans l'hémisphère sud, nous serions à 10 milles de l'Antarctique...

22 juillet : Tennviken (à terre)
A défaut de souffler, les orages tonnent. Des gros coups de tonnerre et une pluie franche qui nous engagent à rester ce matin au fond de la bannette. 

Equipement adapté de la cueilleuse de myrtilles, qui protège de la pluie comme des moustiques!

Une fois les cieux un peu calmés, nous descendons à terre en annexe pour une petite balade. La forêt regorge de myrtilles, et à force de  passer notre vie au mouillage nous commençons à manquer de produits frais. Une nouveauté dans les baies que la nature veut bien nous offrir : des framboises ! Les premières de la saison qui de manière étonnantes poussent tout près de l’eau…

La côte est toujours aussi belle malgré le ciel gris, 50 nuances de granit et l’eau bleue très belle sur cette côte, sans aucune trace d’algue cyano-bactérienne comme dans l’archipel de Turku.
Laure trouve que la côte est également belle depuis la mer et part nager 1 mille pendant que Camille fait du pain et surveille la tarte aux myrtilles. Finalement on n’est pas si mal pour une journée à attendre que les orages passent…
Laure à, ou plutôt dans, Tennviken

Lumière du soir
Ce sera fait vers 20h, parfait pour dîner en terrasse dans une magnifique lumière… Très chouette parenthèse suédoise. Demain nous traversons de nouveau la mer de Botnie, pour notre 3e entrée en Finlande du voyage…


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Vos messages:

SuDad - 27/07/2018 16:38:37
Vous soumettez une nouvelle fois vos supporters à une épreuve redoutable, celle de ne pas (trop) se répéter dans les éloges. On a toujours la réaction de s’extasier devant la beauté des photos, de s’amuser des notations pittoresques que vous collectionnez, d’admirer la rigueur des données « techniques », des relevés de navigation. Et aussi des fiches de géographie, qui nous instruisent sur les réalités de ces pays nordiques, dont nous ne percevions que les lieux communs. Votre « Baltic tour » devient une mission culturelle ( !?!...), heureusement émaillée constamment pour vous de préoccupations mer-à-mer et terre-à-terre des plus distrayantes !!!

AUMADATROI - 26/07/2018 19:58:25
De bien beaux petits coins de paradis ! Et en plus de l'eau à 25° !!! Ca donne envie quand même !!!

Mum - 26/07/2018 15:33:54
Merveilles de merveilles on apprend,on rêve et on sourit

la mamou - 26/07/2018 12:59:30
encore tellement magique , qu'il faut bien une ou deux autres lectures d'affilées !!!

 
 
 
 
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